A. (A.) O. Q.-3 Céramique ERS

Analyses (Amoureuses) d’œuvres québécoises-3 Céramiques ERS

Par anthropologue en liberté

J’ai hésité avant de choisir l’appellation, car en fait il y a, derrière ce nom de compagnie, une seule et grande artiste : Évelyne Rivest-Savignac, d’où le ERS. Et la céramique, c’est évidemment son médium privilégié.

Cette nouvelle chronique hebdomadaire en ligne, je la fait depuis trois semaines pour le plaisir de partager des œuvres québécoises coup de cœur parmi le spectre quasi infini des créateurs/créatrices et productions culturelles d’ici dans tous les domaines. Dans le monde des arts visuels, quelques noms se démarquent et, même si le grand public connaît peu cet univers, la plupart des gens sont capables de nommer certains peintres ou sculpteurs québécois. Mais lorsqu’on verse dans le milieu des artisans et des métiers d’arts, la méconnaissance est flagrante, et je m’inclus dans cette ignorance. C’est un peu dommage car les artisans sont porteurs d’un savoir-faire ancien, voire séculaire, qui a contribué à sortir nos lointains ancêtres de la noirceur. La céramique est, de ces savoirs traditionnels immémoriaux, celui qui a permis à l’humanité de transporter et de servir eau, huile et nourritures diverses. De contenir les cendres de ses morts aussi. Et bien d’autres choses. L’art de transformer la terre en objets par le feu est lié de près à l’évolution des civilisations. Après tout, c’est souvent avec des petits bouts de poterie que l’archéologie reconstitue clans, villes et villages.

J’ai croisé le chemin d’Évelyne il y a plus de trente ans, dans un mariage à La Minerve, près de Mont-Tremblant, chez les Séguin, des amis commun. Notre amitié n’a fait que grandir depuis. Quelques années plus tard, celle qui s’avérait déjà une artiste de talent dans plusieurs domaines (danse, écriture, dessin, chant, pâtisserie, etc.) a choisi la céramique, et s’y est tenu depuis.

L’œuvre d’Évelyne se démarque nettement de celles des autres céramistes dont j’ai eu la chance de fréquenter les productions dans les salons et expositions où j’ai parfois accompagné mon amie. Comment? Ses décors! Chacune de ses pièces est une œuvre d’art! Chacune est investie d’un long et patient travail combinant gravure, dessins, peinture, alliant aussi précision et clairvoyance de ce dont le four accouchera. Car les agencements de couleurs, une des richesses du travail d’Évelyne, sont à projeter, à imaginer, puisque les glaçures, teintures et émaux se transforment complètement lors de la cuisson. Voilà entre autre pourquoi ce « métier d’art » est tellement complexe et complet : la pièce que l’on travaille sur plusieurs étapes n’a rien à voir avec la pièce qui sortira du four.

 

J’aimerais parler plus longtemps des nombreuses techniques que l’on se doit de maîtriser lorsqu’on exerce ce métier qui est extraordinairement riche et compliqué. Une fois maîtrisé l’art de tournage, celui de la chimie des éléments pour trouver les recettes qui rendront uniques les teintes de l’artiste, et la maîtrise du feu par les diverses techniques de cuisson au gaz, au bois ou raku (méthode japonaise ancestrale), le tableau est généralement complet. Et c’est déjà énorme.

Mais dans le cas de Céramiques ERS, le plaisir ne fait que commencer car, je l’ai déjà mentionné, Évelyne est d’abord une artiste qui choisit de s’exprimer à travers des pièces, utilitaires ou décoratives, exprimant un univers foisonnant, onirique, somptueux : le sien propre. Et cet univers est absolument unique dans le monde de la céramique. Il suffit de voir les yeux émerveillés des gens qui, au détour d’une allée au Salon des métiers d’art de Montréal ou au One of a Kind show de Toronto, tombent sur le kiosque de Céramique ERS et s’y attardent comme des enfants dans un magasin de bonbon. Et il y a de cela dans l’art visuel d’Évelyne : ses pièces sont comme friandises pour l’œil et le cœur. Il n’y a qu’à regarder les quelques photos ici pour s’en convaincre. Ou mieux, admirer de visu ses tasses, assiettes, urnes, etc. : un monde de merveilles animales et végétales inspiré par la nature qui environne l’atelier de l’artiste, une frénésie de couleurs qui, toujours, s’harmonisent de façon surprenante dans des compositions harmonieuses. Car là est une chose de cette œuvre pleine d’audace : la vivacité et le foisonnement des décors sur chacune des pièces ne trahissent en rien un manque de profondeur. Ils redonnent plutôt la vie aux éléments terre et feu, et tracent le chemin d’un monde que l’on veut pénétrer toujours plus.

La créativité d’Évelyne Rivest-Savignac est sans borne. Reste maintenant aux amoureux d’art de voir son travail, car le mariage de son savoir-faire traditionnel et de son imaginaire ancré dans le territoire donne une œuvre contemporaine digne des plus grandes galeries.

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